Laboratoires Majorelle

Fuites urinaires

En France on estime à 9 millions (1) le nombre de femmes qui devront, à un moment ou un autre de leur vie, faire face à un problème de fuites urinaires ! Et pourtant, il s’agit encore d’un sujet pratiquement tabou, dont il est difficile de parler librement, même à sa meilleure amie. C’est pourquoi, bien souvent, les femmes qui rencontrent des problèmes d’incontinence légère se sentent isolées et éprouvent parfois un sentiment de honte.

 

Briser le tabou de l’incontinence urinaire passe par mettre un nom sur ce trouble essentiellement féminin. Ne plus être dans le déni et affronter la situation est une étape fondamentale vers le mieux-être. Consulter un médecin pour un problème de fuites urinaires n’est pas spontané. Les femmes ont tendance à attendre de consulter leur médecin pour un autre motif, ou bien la visite annuelle chez le gynécologue pour enfin oser interroger leur médecin sur ces petites fuites urinaires qui perturbent leur quotidien, voire leur gâchent la vie. Comme nous venons de le voir, briser le tabou et mettre un nom sur ce handicap est l’une des premières étapes fondamentales vers le mieux être. L’incontinence urinaire n’est pas une fatalité, des traitements simples et efficaces existent.

 

Les mécanismes de l'incontinence

 

Afin de mieux comprendre quelle est l’origine de l’incontinence, il est nécessaire de comprendre quels sont les mécanismes impliqués dans la miction en temps normal.

 

Qu'est-ce qu'être continent ?

 

Ne pas être obligée de se lever la nuit, uriner seulement quatre à huit fois par jour, pouvoir boire à satiété, se sentir libre, être capable de se retenir et de maîtriser les mécanismes impliqués dans le cycle mictionnel, c’est être continente(2). Le dictionnaire de l’Académie de médecine définit la continence comme la faculté « de retenir inconsciemment et volontairement ses urines ».

 

Les mécanismes qui entrent en jeu

 

La vessie est un réservoir dont la paroi externe est composée de fibres musculaires lisses, le détrusor. Ce réservoir permettant de stocker l’urine produite par les reins est en permanence sous le contrôle (inconscient) du cerveau.

Le conduit permettant d’évacuer les urines est l’urètre. C’est un tuyau assez court chez la femme (3 à 4 cm), qui est entouré, à sa partie moyenne d’un manchon musculaire : le sphincter strié. Ce sphincter est renforcé de chaque côté par deux muscles : les releveurs de l’anus.

Incontinence féminine

 

 

1.La phase de remplissage et de continence involontaire

La vessie se remplit, elle se distend passivement, sa pression intérieure est basse. À mesure que la vessie se remplit, le col vésical et le sphincter se contractent et le détrusor se relâche. La pression du sphincter est plus grande que celle de la vessie, il n’y a pas de fuites.

Incontinence féminine

 

 

2.La phase de remplissage et de continence volontaire

La vessie continue à se remplir, la pression augmente. La vessie informe le cerveau qu’il faut uriner, un besoin plus urgent d’uriner est alors ressenti. La continence est toujours possible, cette fois de manière volontaire, il y a contraction du sphincter strié et des releveurs de l’anus. Cette contraction permet de se retenir jusqu’à un lieu approprié. La pression du sphincter est toujours plus grande que celle de la vessie, il n’y a pas de fuites.

Incontinence féminine

 

3. La phase d’évacuation : La miction

Lorsque la vessie se vide on parle de miction, c’est le terme médical qui décrit l’action d’uriner. Le cerveau envoie le message au détrusor de se contracter. Parallèlement, le sphincter strié et les releveurs de l’anus se relâchent. L’urètre est alors ouvert et permet l’évacuation des urines juste après la miction les sphincters se referment.

Incontinence féminine

 

(2) G. Amarenco et al. Pelvi-périnéologie.2010 ;5 :230-42.

 

Les traitements

 

Dans la prise en charge de l’incontinence urinaire féminine il existe selon les profils, différentes options thérapeutiques.

Toutes les recommandations internationales indiquent que les traitements conservateurs basés sur les thérapies comportementales et la rééducation périnéale doivent être proposés en première intention. Cette position est confirmée en France au travers des recommandations des autorités de santé(1).

 

Les traitements comportementaux

 

Les traitements comportementaux reposent sur le changement des habitudes de miction. Ces habitudes sont recueillies et suivies grâce à l’établissement d’un calendrier mictionnel qui permet :

de définir l’intervalle entre les mictions possibles,

d’inciter à respecter cet intervalle,

d’augmenter cet intervalle dès que les accidents disparaissent,

L’adaptation des apports liquidiens : éviter certaines boissons et répartir équitablement les entrées sur 24 heures.

 

La rééducation périnéale

 

La rééducation est généralement effectuée par les kinésithérapeutes, et certaines sages-femmes, notamment dans le cadre du post-partum. La prescription de base est de 10 séances de rééducation, qui peuvent être renouvelées.

En effet, l’expérience a montré que des résultats peuvent être obtenus au-delà de la 10ème séance.

 

En rééducation 3 grandes techniques sont utilisées

 

1-Le travail manuel : Le rééducateur fait travailler la patiente avec ses deux doigts dans le vagin afin de vérifier la qualité de la contraction, l’absence de contractions des abdominaux, et opposer ensuite aux releveurs des résistances que devra vaincre la patiente.

 

2.Le biofeedback : À l’aide d’une sonde introduite dans le vagin et porteuse d’électrodes ou d’un ballonnet capteur de pression, la patiente va pouvoir visualiser l’amplitude et la force de sa contraction et la rendre plus performante en fonction de l’information que l’appareil lui transmet. Ce travail pourra être effectué en position allongée, mais aussi en position debout et dans certaines situations de la vie courante.

 

3.L’électrostimulation fonctionnelle (ESF) : À l’aide d’une sonde mise dans le vagin et reliée à un simulateur, on va induire des contractions passives des muscles élévateurs.

L’ESF permet de tonifier le plancher. Elle sera d’autant plus efficace que la patiente accompagnera la contraction électriquement provoquée d’une contraction volontaire. Son efficacité est reconnue parmi les différentes techniques de rééducation périnéale : jusqu’à 90% dans l’incontinence urinaire par impériosité et jusqu’à 77% dans l’incontinence urinaire d’effort (2).

 

Les traitements médicamenteux

 

Les traitements médicamenteux les plus utilisés sont les anticholinergiques. Ils sont indiqués pour le traitement de l’instabilité vésicale d’une part, et les impériosités d’autre part.

Les médicaments de cette classe actuellement disponibles sont l’oxybutynine, la toltérodine, le chlorure  de trospium et la solifénacine.

Il n’y a pas de consensus sur la durée de la prescription. La prescription initiale peut être de 12 semaines avec une réévaluation de la symptomatologie à ce terme.

Les médicaments appartenant à cette classe thérapeutique présentent des effets indésirables dont les plus fréquemment rapportés sont : sécheresse buccale, constipation, cision floue, mydriase, tachycardie, nausées, gêne abdominale, rougeur du visage (plus prononcée chez l’enfant que chez l’adulte), agitation et troubles de la miction. Une réduction de la dose diminue l’incidence de ces effets indésirables(1).

 

La chirurgie

 

Le traitement chirurgical est proposé :

D’emblée en cas d’incontinence urinaire d’effort très invalidante après avis spécialisé.

En l’absence de disparition ou de soulagement après une rééducation bien conduite et après avis spécialisé.

 

Aujourd’hui la technique chirurgicale la plus utilisée est la pose de bandelettes sous-urétrales. 

Décrite la première fois en 1993 par Ulmsten, la technique a subi quelques variations.

Il reste actuellement trois variantes de cette technique qui consiste à mettre une bandelette à la partie moyenne de l’urètre :

  • la technique originelle où la bandelette ressort dans la région sus-pubienne ;
  • la technique utilisant la voie obturatrice de dehors en dedans ;
  • la technique utilisant la voie obturatrice, mais cette fois de dedans en dehors.

 

Dans l’attente d’un traitement efficace, vous pouvez utiliser des palliatifs absorbants, qui vous permettront de poursuivre vos activités habituelles. Les produits les plus connus sont les changes complets et les slips absorbants pour les fuites urinaires modérées à fortes. En cas de fuites urinaires plus légères, on optera plutôt pour des protections anatomiques. La nuit, en complément de ces protections, vous pourrez également mettre des alèses sur la literie afin de protéger celle-ci.

 

Qu'en est-il des traitements à domicile ?

 

Dans son rapport de 2003 sur la prise en charge de l’incontinence urinaire de la femme, l’ANAES(1) rappelle que la participation active de la patiente au traitement est essentielle. Cette participation passe par un travail personnel d’autorééducation :

  • Entre chaque séance de rééducation ;
  • Après la fin de la rééducation pour entretenir les résultats.

 

Pourquoi est-il important d’entretenir son périnée ?

 

Car tout comme les abdominaux, le périnée est un muscle qui s’entretient. Il est donc primordial de continuer à pratiquer régulièrement sa rééducation après les séances de rééducations initiale pour entretenir les bons résultats obtenus.

Réaliser cette phase d’entretien permet de limiter les risques de récidives qui concernent 1 patiente sur 10 deux ans après l’arrêt du traitement, à plus de la moitié des patientes après 5 ans (3,4).

 

Comment faire des séances de travail à domicile ?

 

Le travail à domicile s’inscrit en complément des séances effectuées avec un spécialiste de la rééducation.

Le travail à domicile peut notamment s’appuyer sur :

Des exercices de contraction du périnée. Votre rééducateur vous apprendra à les réaliser.

Des séances d’électrostimulation grâce à des appareils miniaturisés spécifiquement conçus pour une utilisation à domicile, tels que les produits de la gamme KEAT.

 

ANAES. Recommandations pour la pratique clinique. Prise en charge de l’incontinence urinaire de la femme ou médecine générale. Mai 2003.

M.Perrigot, et al. Anales de Réadaptation et de Médecine Physique. 2008.

D. Grosse. Suivi de la rééducation périnéale. Correspondance en Pelvi-périnéologie 2001.

K. Bo et al. Adhrence to pelvic floor muscle exercise and long-term effect on stress urinary incontinence. A five-year follow-up study. Scand Jal Medecine 1995 ;5(1)36-39.

 

Les différents types d’incontinence

 

Définition

 

En 2002, l’ICS (International Continence Society) a précisé et standardisé la définition de l’incontinence urinaire qui est aujourd’hui définie comme « toute perte involontaire d’urine dont se plaint la patiente » (1).

 

L'incontinence urinaire d'effort

 

C’est une incontinence sans aucun autre trouble associé, le nombre de fois où vous urinez est normal, vous n’avez pas de difficulté de retenue.

Les fuites surviennent uniquement lors de l’effort et s’arrêtent avec lui. Elles sont indépendantes du remplissage de votre vessie. C’est le type d’incontinence le plus fréquent et représente environ 50% des cas. L’éternuement est un exemple de circonstance augmentent la pression dans l’abdomen.

Incontinence féminine

 

Au repos tout se passe bien, mais dès que se produit un effort, celui-ci entraîne une augmentation de la pression dans l’abdomen. La vessie, située dans l’abdomen, voie sa pression accrue. Normalement le sphincter doit, lui aussi, augmenter sa pression pour maintenir la continence : s’il ne le fait pas, ou pas suffisamment, la fuite survient pendant la durée de l’effort.

Ce type d’incontinence est donc lié à un dysfonctionnement du système musculaire (sphincter strié et muscles releveurs de l’anus) qui assure la fermeture du canal de l’urètre. Ce système peut être altéré par les séquelles des accouchements, par la chirurgie, la ménopause, il perd de sa qualité et est incapable de s’opposer à l’augmentation, même faible, de la pression dans la vessie, et favorise alors la fuite urinaire.

Incontinence féminine

Incontinence féminine

 

Lors d’un effort, une pression extérieure s’exerce sur la vessie faisant aussi augmenter la pression interne de la vessie. Un sphincter normal parvient à s’y opposer et tout se passe bien. Si le sphincter est trop faible, des fuites apparaissent.

 

L'incontinence urinaire par impériosité

 

C’est une incontinence très riche en symptômes.

Vous avez, à des degrés divers, des envies fréquentes d’uriner, des envies pressantes déclenchées par des stimuli variés : bruit ou contact de l’eau, arrivée chez vous (le fameux syndrome de la clé ou de l’ascenseur qui déclenche une envie irrésistible d’uriner), les émotions. Tous ces stimuli sont sensoriels et n’ont rien à voir avec l’effort.

Incontinence féminine

 

Ce type d’incontinence est également appelé « instabilité vésicale » ou encore « hyperactivité vésicale » représente environ 20% des cas. Les fuites sont dues à des contractions involontaires et inopportunes du muscle détrusor pendant le remplissage de la vessie.

Le syndrome de la clé : c’est en cherchant votre clé qu’une envie irrépressible apparaît.

 

L'incontinence urinaire mixte

 

Elle mélange, comme son nom l’indique, les deux types de symptômes, effort et impériosité, à des degrés divers. Peuvent s’y ajouter fréquemment deux autres signes : la difficulté de retenue, en particulier le matin ou lorsque votre vessie est très pleine, et l’incontinence à la marche. Ce type d’incontinence représente environ 30% des cas d’incontinence.

 

Synthèse

 

Les trois principaux types d’incontinence urinaire féminine.

Incontinence féminine

 

 

 

Le tabou quasi systématique entourant l’incontinence urinaire laisse penser que cette pathologie est anecdotique. Pourtant, et bien au contraire, l’incontinence touche en France un grand nombre de personnes. 

Contrairement aux idées reçues, les fuites urinaires ne sont pas l’apanage des personnes âgées. Ce handicap altérant la qualité de vie des patients touche aussi bien les femmes que les hommes (9 millions de femmes sont concernées et 1 million d’hommes).

Les fuites urinaires ou Les fuites urinaires

Les différentes formes

 

Il existe plusieurs formes d’incontinence chez l’homme(1) :

  • l’incontinence par hyperactivité de la vessie, contraction désordonnée de la vessie aboutissant à des fuites ou par envie irrépressible. Cette situation peut être liée à une augmentation du volume de la prostate ou à une vessie neurologique.
  • l’incontinence par incompétence du sphincter, le plus souvent liée à une intervention chirurgicale pour cancer de la prostate prostatectomie).
  • l’incontinence par regorgement liée à une rétention chronique d’urines par un obstacle (hyperplasie bénigne de la prostate) ou par une mauvaise commande neurologique de la vidange.

En fonction du type d’incontinence, les pertes d’urines peuvent manifester de différentes manières  par exemple lors d’un effort (sport, port de charge, etc…), ou alors suite à une envie très urgente. 

 

Épidémiologie

 

L’incontinence urinaire masculine est bien moins répandue que l’incontinence urinaire féminine et se retrouve chez :

  • 3 à 5 % des quadragénaires 
  • 10 % des hommes de 60 ans 
  • 30 % des hommes de 90 ans.

 

Traitement

 

Comme précisé précédemment il existe différents origines à l’incontinence urinaire masculine. Le type de traitement retenu dépend donc de cette cause et ne sera pas le même selon le type d’incontinence.

 

Traitement de l’incontinence par insuffisance sphinctérienne. Cette incontinence étant liée à une incompétence sphinctérienne, la rééducation est une des premières approches. Ce traitement consiste à renforcer la musculature du plancher pelvien. Si ce traitement ne donne pas de résultats, d’autres traitements plus invasifs peuvent être envisagés :

  • les bandelettes sous uréthrales
  • les ballons placés sous la vessie autour de l’urètre pour le comprimer ont été proposés
  • le sphincter artificiel indiqué en cas d’incontinence grave

 

Incontinence liée à une hyperplasie bénigne de la prostate. Dans ce cas la phytothérapie ou un traitement médicamenteux (Alpha-bloquants et inhibiteurs de la 5-alpha réductase) peuvent être envisagé. En cas d’échec on s’orientera vers une option chirurgicale devra être réalisée afin de diminuer le volume de la prostate.

 

Incontinence par rétention chronique : La rétention chronique pouvant être liée à la présence d’un obstacle empêchant l’évacuation des urines, le but est donc de lever cet obstacle par un acte chirurgical (résection ou adénomectomie prostatique ou section de sténoses urétrales). En cas de vessie neurologique, des auto sondages ou un sondage chronique sont parfois envisagés.

 

Incontinence liée à une hyperactivité vésicale. Dans le cas de cette incontinence qui est liée à une hyperactivité de la vessie, plusiurs options thérapeutiques sont à envisager :

  • Un traitement par anticholinergiques 
  • De la rééducation grâce à l’électrostimulation
  • De nouvelles solutions telles que la neuromodulation des racines sacrées (pace maker vésical) peut être proposée dans certains cas. au test qui a été réalisé en 
  • Les injections de toxine botulique A (Botox), connue pour ses vertus relaxantes, peut traiter efficacement l’hyperactivité de la vessie à raison d’une injection tous les 6 à 12 mois. 

 

(1) AFU. Incontinence Urinaire Masculine. Fiche d’information. Publication Mars 2011.

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